Rubrique Les JPS voyagent

Denis MORIN propose le récit suivant

Novembre 2010

 

TROIS PETITS TOURS (de pédale)

 

TOUTES LES PHOTOS ...

Dès fin mai je me mets en quête du créneau favorable, scrutant la météo convenant à quelques jours de disponibilité. Deux où trois jours pas plus qui vont me permettre d’assouvir ce besoin de liberté et d’air pur que le cyclotourisme offre en abondance à ses adeptes, nous en sommes tous convaincus !

 

Vite un programme routier, les horaires SNCF et c’est parti. Ah non, il reste le choix du vélo et celui de la destination. Le Allan en magnésium avec les vitesses au cadre, équipé « tout campagnolo » sans porte-bagage date un peu mais il convient bien aux ascensions parce qu’il est léger. Par contre, il implique le sac à dos. L’autre vélo est plus lourd avec le micro porte bagage, la fourche télescopique et les freins à disque, mais dans les descentes de col il est d’un confort inégalé ! En fait c’est la SNCF qui fera la différence selon que les trains offrent ou non un accès aux vélos car le Allan est un plus facilement démontable.

 

Première escapade.

Albertville Bellegarde par le col des Saisies et le col des Arravis.

Tout commence dans la soirée du jeudi 3 juin vers 18 h. sur un quai de la Gare de Lyon, juste avant le départ du TGV qui n’accepte les vélos que « démontés sous housse ».

Grâce à deux bracelets élastique je fixe les roues de part et d’autre du cadre Allan et je fourre l’ensemble dans une « housse protège vélo » sous les yeux interrogateurs du contrôleur qui se demande s’il va accepter ce colis dont dépassent pédales et dérailleur… Il ferme les yeux. Je suppose qu’il est de la confrérie des « cyclo ».

Voici Chambéry, il est 20h. Les roues sont remontées sans que je me salisse les mains (j’emmène toujours plusieurs gants jetables en prévision des crevaisons), vite au lit dans un hôtel voisin de la gare, et demain matin vendredi 4 juin c’est un TER qui me déposera en gare d’Albertville.

Il est 9h, la partie cycliste va commencer. Il fait beau et frais sous le soleil matinal. La traversée d’Albertville est toute plate, jusqu’au pont sur l’Arly (altitude : 400 m.) suivie sans transition d’une sérieuse pente qui se dresse aussitôt. Déjà les premiers lacets du col ? Oh que non car après 5/6 km de grimpette, ça redescend doucement sur le bassin d’un vigoureux torrent alpin, le « Doron de Beaufort » dont on remonte agréablement le cours sur une pente modérée, serpentant entre les alpages ensoleillés du Beaufortin. Des troupeaux de laitières regardent passer le cycliste en ruminant, indifférentes au produit raffiné de leur lactation dont la saveur délicate est vantée à l’approche de Beaufort. J’en salive déjà !

Déception, car c’est juste avant d’entrer dans cette capital du fromage que ma route bifurque et attaque la véritable montée des Saisies. Raté pour le fromage, mais en revanche, un panorama grandiose émerge doucement à chaque virage d’une assez sérieuse pente. La succession des lacets découvre peu à peu la face ouest du Mont Blanc, éclatante de pureté, offrant à mesure de l’ascension ses reliefs lointains illuminés par le soleil de midi. C’est sublime et confondant.

Hélas, un changement de direction fait disparaître ce spectacle fabuleux, aussitôt remplacé par le funèbre alignement de quelques centaines de châlets vides, la station de ski des Saisies (1500 m), cité fantôme avec ses immenses parking déserts et ses commerces fermés pour cause d’ensoleillement printanier. Au demeurant le site est très bien exposé. L’hiver, il doit être apprécié des skieurs.

Allez Denis, tu n’es pas encore au col, encore un effort. Il reste 150m à grimper avant le sommet (1650 m), où s’impose une pause habillage avant de se lancer dans la descente, car le soleil a beau briller, le fonds de l’air est frais à cette altitude. Une pente rapide et ombragée par les sapins mène à Notre Dame de Bellecombe, autre station de ski, mais greffée sur un village traditionnel qui reste accueillant toute l’année. Il est 14 h, une restauration s’impose en prévision du second col prévu au programme de la journée.

L’après midi commence très fort, dès la traversée de Flumet (886 m) par un raidillon de quelques kilomètres. Personne ne m’expliquera pourquoi les premières pentes sont toujours les plus raides puisqu’ensuite, elles s’adoucissent. A moins que ce ne soit la mise en jambe qui provoque cette fausse impression car mes muscles reprennent rapidement assez de vigueur pour parcourir les onze kilomètres d’une ascension sans grand caractère sur une route fréquentée (au contraire de ce matin) avalée à une allure régulière jusqu’au changement de pente du col de Arravis (1486 m). Il est 16h.

Aux alentours du sommet, la route traverse un rassemblement de boutiques à souvenirs, sorte de marché de Noël formant une haie continue où se presse une foule de touristes en quête de différencier ces commerces qui vendent tous les mêmes choses. Pas mal de cyclistes aussi car ce col a été glorifié par le Tour de France. C’est pour cela que j’y suis, évidemment.

Maintenant c’est la descente vers La Clusaz, illustre station de ski presque aussi vide que Les Saisies mais beaucoup plus de chic, donc moins sinistre. Un petit St Tropez de la neige, même en juin !

Ne nous attardons pas car à St Jean de Sixt (865 m) il est 17 h et La Roche sur Fauron est encore à plus de 25 km. La route en légère descente suit maintenant le « Borne », minuscule torrent assez fort cependant pour avoir creusé deux défilés « Les Etroits » en amont du Petit Bornand, puis plus bas la « Gorge des Eveaux » où la circulation se densifie désagréablement.

A cette heure, se pose au voyageur une question de stratégie car je n’ai plus le temps ce soir d’atteindre Bellegarde. Qu’importe, vu que mon itinéraire suit la voie ferrée. Je finirai en TER, j’ai noté les horaires.

Je tangente Annemasse, passe au pied du Mont Salève, juste au dessous du câble du téléphérique, et pédalant à fond sur une route aussi plate qu’escarpée par les ponts d’autoroute, je double des files ininterrompues de franco-suisses sortant du boulot. On est à un jet de pierre de Genève. Finalement c’est à St Julien en Genevois que j’attrape vers 19 h. le TER qui m’épargne les 30 derniers kilomètres d’une nationale envahie par la circulation ininterrompue des poids lourds.

Il fait encore grand jour, le temps et toujours beau et chaud. Il est 20 h. Voici Bellegarde-en-Valserine, terme de cette étape. En réalité pas tout à fait puisqu’il me faut encore escalader une belle pente qui mène jusqu’à Lanerans, à 5 km où un discret hôtel est recommandé aux cyclistes.

135 km, 2 269 m de dénivelé et 7 h de selle. Je précise tout de suite : 7 heures de peine et de plaisir. Quand on aime, on ne compte pas, le plaisir n’a pas de prix…

Demain, retour à Paris en TGV, mais dans une rame qui admet les vélos !

 

Seconde escapade. 17 et 18 juin, Aurillac Marvejols par les Monts d’Aubrac.

 

Cette fois-ci la question SNCF ne se pose pas. Les trains désservant les villes de départ et d’arrivée acceptent les vélos. Le sac à dos restera à la maison et le vélo sera avec sacoches.

L’objet de cette étape est de visiter quelques lieux situés sur « Le chemin de Saint Jacques » parcouru selon une mode récente par nombre de marcheurs et de cyclistes. Comme ce sont les lieux où se situent les étapes qui m’intéressent, et non la pérégrination, j’ai opté pour effectuer un bout du « parcours de Saint Jacques » en sens inverse. Faut pas confondre… après tout on est libre et ce n’est pas un blasphème !

 

Première journée

Le TEOZ de 8h. avec correspondance à Clermont-Ferrand par TER me dépose à Aurillac (631 m.) sans que j’aie eu à me salir les mains. C’est cool !

Mais le temps est maussade à 14 h ce jeudi 17 juin. La pluie menace la capitale du parapluie... et du cantal. Par contre il fait doux. Sans tarder, j’attaque une route escarpée qui serpente entre des villages en « ac » Vézac, Lobejac, etc... alternant les pentes ascendantes et descendantes escortées de granges en schiste gris, murs et toits, qui apportent la touche d’austérité particulière à ce pays vallonné.

A Raulhac la route est coupée pour réfection. Une déviation de 30 km est imposée par la DDE, même aux cyclistes désireux d’atteindre Mur de Barrez à 8 km… L’échange mérite réflexion… Hésitation… Consultation d’un habitant. Est-ce que ça va passer ? Il pense que oui. Je tente le coup. De fait, ça a passé, mais il m’a fallu traverser un chantier boueux encombré sur 2 ou 3 km d’engins monstrueux, se croisant à vive allure, pour atteindre enfin la pancarte d’interdiction opposée où l’on peut lire : le Conseil général du département vous remercie de votre compréhension, etc…formule connue.

En attendant j’ai du me faire tout petit devant les bennes pharaoniques dont les pilotes me faisaient les gros yeux… quand ils m’apercevaient du haut de leur grandeur… Autrement, il y avait un risque, j’en conviens.

Une fois sorti de ce bourbier, la D 900 (bien nommée) flirte avec les 900m, enfin un peu plus puisqu’elle franchit à 994 m. le col de Curebourse où nombre de pèlerins ont été contraints de perdre la leur… dit-on !

Je m’aperçois maintenant que mon parcours est aux antipodes des valeurs cyclistes puisqu’il a mis la descente avant la montée. C’est rageant et immoral, mais c’est ainsi. La D 900 plonge en effet à travers une sombre forêt de hêtres, dense et fournie, jusqu’au lit de la Truyère, qui n’est pas une personne mais une paisible rivière coulant silencieusement sous une petite arche rustique, 400 m plus bas. Arrêt photo, comme au sommet d’un col mais au lieu de me rhabiller, c’est pour me débarrasser du blouson coupe vent et me préparer à l’ascension, histoire de remonter sur le Plateau de la Viadène où trône maintenant Laguiole (1004 m), très important centre touristique connu par ses lames et le manche en bois qui va avec.

Toutefois, la coutellerie doit avoir atteint sa limite de commercialité puisque chacun des innombrables marchands de couteaux se double d’autant de loueurs de ski, annonçant la présence d’un centre de sport d’hiver. Quelques remonte-pente en attente de neige attestent un peu plus loin de l’existence d’une station de ski tandis que la route s’élève entre des conifères (on est en moyenne montagne), jusqu’à franchir à 1400 m. un petit col sans nom avant de redescendre sur Aubrac (1300m), illustre cité au cachet médiévale qui a donné son nom au massif que je vais traverser demain.

En effet, il est déjà 20h, j’ai six heures de selle, 104 km et 1512 m d’ascension cumulée. Je vais donc m’arrêter et faire étape ici. Le temps s’est éclairci, mais à cette altitude il fait à peine 5° et on est en juin. Si l’hôtel est bien chauffé, pas question d’utiliser sa piscine. Je visiterai demain la Dômerie d’Aubrac, majestueuse tour carrée en pierre où depuis le XIIème siècle, sont reçus les pèlerins qui font étape à Aubrac.

 

Seconde journée

18 juin. Il règne ce matin un silence impressionnant. Un épais brouillard a tout avalé. Aubrac a disparu. Toute forme visible et sonore est remplacée par une chape blanche et cotonneuse. La pure et fraiche atmosphère printanière d’hier soir a laissé derrière elle un temps de novembre. Assurément le brouillard va se lever, mais en attendant c’est presque à tâtons que je découvre la sévère bâtisse nommée Dômerie d’Aubrac, à peine visible dans la nuée.

Je reprends la route d’où émergent quelques silhouettes fantomatiques portant sac à dos qui sont probablement des pèlerins. Nous nous croisons puisque je pédale à contre courant… Bientôt un morne paysage sans horizon se détache entre les nuages bas et les nappes de brouillard, tandis que je gravis une faible pente qui s’est soudain inversée sans que je m’en soit rendu compte au passage du col de l’Aubrac (1324 m). Et voici Nasbinals, autre étape à pèlerins dont la célébrité est à la mesure de sa belle église romane.

Nous voilà maintenant au cœur des Monts d’Aubrac. Le pays est là, étendu, inhabité, lugubre sous le ciel gris. Pas un ruminant sur les 30 km de cette route marquée par de courtes inflexions de terrain entre 1200 et 1300m. C’est sauvage à souhait. Pas un arbre, seules quelques bâtisses de pierre noire au toit de lauzes jalonnent ce parcours désolé où l’on ne perçoit que le silence du vent qui, sans s’opposer à ma progression, ne la favorise pas non plus. Une heure et demi de solitude à peine interrompue par le passage de quelques voitures, pressées de quitter cet espace aussi grandiose qu’inquiétant.

Mais voici des conifères, la route s’incline tandis que de coquettes façades annoncent des lieux habités. Un échangeur routier le confirme, puis un pont sur autoroute, une voie ferrée et après 41 km pour 207 m de dénivelé j’entre dans Marvejols, cité fortifiée dont les remparts n’enferment plus maintenant qu’une zone piétonnière, commerçante et touristique.

Retour à Paris en 8 h depuis la gare de Marvejols, via St Flour, Neussargue et Clermont Ferrand avec, comme clou du voyage, le passage sur le Viaduc de Garabit, précautionneusement traversé à 10km/h par le lourd convoi ferroviaire qui a ralenti pour cela, et progresse comme un funambule sur son câble, suspendu au dessus du vide qu’on découvre avec effroi sous le wagon, à droite comme à gauche. C’est absolument vertigineux.

 

Troisième escapade. 29 et 30 juin, 1er juillet.

La Canourgue Béziers par le Causse du Sauveterrre, les Gorges du Tarn, le Causse Noir et le Larzac.

 

Première journée

Le même train au départ de Paris, mais en sens inverse, me largue à 16 h. à la gare de Banassac-La Canourgue (560m) un peu au sud de Marvejols. J’ai pris goût à ces routes agréablement cyclables, situées à 8/9 h de trajet de Paris, sans avoir à démonter le vélo.

Après La Canourgue, austère bourgade de Lozère, la montée sur le Causse du Sauveterre est agrémentée d’une curieuse forme minérale naturelle : le Sabot de Malepeyre, énorme bloc rocheux posé sur d’autres rochers, dont un profil a exactement la forme d’un sabot de 20 m de long !

Parvenu entre 800 et 950 m, le plateau du causse étend ses landes qui sont un peu plus basses que les monts d’Aubrac et plus au sud, en sorte qu’il est couvert d’une végétation variée, mêlant aux chênes les résineux dont les effluves aident à respirer. L’essence de pin dilate les bronches, c’est bien connu ! Toutefois, les lieux sont tout aussi inhabités et les routes peu fréquentées car ce n’est plus un Chemin de Saint Jacques.

Un panneau rouillé annonce bientôt « Le point sublime ». Et l’on découvre un extraordinaire panorama sur les gorges du Tarn, mince filet liquide qui sépare, 700 m plus bas, le Sauveterre du causse voisin, le Méjan dont la paroi ocrée et minérale dresse en face, à portée de main par-dessus le vide, son mur vertical couronné d’un liseré végétal.

La route forme maintenant une succession d’épingles à « deux chevrons » dévalant sur 7 km vers le Tarn, où après 35 km dont 424 m d’ascension, s’achève cette courte journée cycliste.

Les Vignes sera mon étape dans un charmant petit hôtel offrant un dîner relaxant, en terrasse surplombant la rivière.

 

Deuxième journée

30 juin. 7 h du matin. Le ciel est d’un bleu azuréen mais il faut élever le regard pour s’en convaincre car un épais brouillard stagne encore sur la route encaissée qui longe la rivière, au fond de la gorge. Prudence, elle est étroite, et les quelques camions aveugles surgissant à l’improviste obligent le cycliste à se garer, à défaut de contempler les surplombs géologiques dans laquelle est taillée cette D 907.

Mon itinéraire traverse maintenant la Jonte, affluent du Tarn puis Peyreleau où, s’étant haussé de quelques dizaines de mètres, on émerge du brouillard.

J’attaque ensuite l’ascension du Causse Noir sur une D 29 déserte, allongeant ses lacets en corniche dans un paysage à couper le souffle, tandis que la chaleur de l’été commence à se faire sentir. C’est ce mélange de pures sensations vivifiées par un effort musculaire soutenu qui comble le cyclotouriste. J’en suis tout pénétré, et d’autant plus que ça grimpe !

En débouchant sur le plateau, j’observe que le Causse Noir n’est pas noir. Il est vert foncé car couvert d’une épaisse forêt de sapins et de mélèzes dont les ombrages sombres consacrent cette sinistre nomenclature. Toutefois, dès la sortie des ténèbres, on est happé par un espace tout aussi aride que celui des autres causses mais balayé ici par un air chaud et desséchant. Mon itinéraire le traverse jusqu’à une longue descente de 7 km qui aboutit au Canyon de la Dourbie, autre affluent du Tarn dont je remonte le cours jusqu’à Nant (494 m) où les allées de platanes convergeant vers la fontaine commune annoncent le style provençal.

Il est déjà 11 h, le soleil tape, il ne faut pas négliger l’hydratation.

Nouvelle ascension pour se hisser sur le Causse du Larzac et gagner La Couvertoirade (788 m) à 15 km où je compte me restaurer. L’air est de plus en plus chaud et le vent presque favorable lorsqu’au détour d’un plissement, se dévoile la tour fortifiée de cette ancienne commanderie de templiers, transformée on s’en doute en magasin de souvenirs.

Un vent chaud et favorable souffle cette après-midi. Attention à la déshydratation car le Larzac ne se laisse pas parcourir sans précautions, ni sans ascensions répétées. Il faut passer un seuil à 814 m avant de gagner le plateau de l’Escandorgue (756 m) qui offre sur la région boisée des Monts d’Orb les trouées de vastes panorama agrestes.

Mais le vent se renforce et commence à tourbillonner. La chaleur devient suffocante. Les nuages s’accumulent à l’horizon. L’orage menace. Vu que Bédarieux (209 m) n’est qu’à 25 km, et en descente, j’hésite à m’arrêter pour enfiler les vêtements de pluie. Mais il va falloir s’y résigner car l’odeur des précipitations approche. Elles vont bientôt me rattraper.

Eh bien le destin en décida autrement puisqu’une crevaison (roue arrière évidemment !) rend ici l’arrêt obligatoire… Enfiler les gants, démonter la roue, changer la chambre vite, vite… vérifier que le pneu (kevlar pourtant) n’héberge pas quelque sournoise pointe acérée, car pourquoi cette crevaison par temps sec sur un revêtement impeccable ? Mystère… En attendant, la réparation est terminée, je m’équipe pour la pluie et je remonte en selle juste avant les premières gouttes. La route va devenir dangereuse et glissante. Prudence donc sous la douche, dans la longue descente qui rejoint l’Orb à Lunas et mène jusqu’à Bédarieux, où je m’arrête vers 17 h au sec, car l’orage est resté sur les reliefs, après 122 km et 1250 m d’ascension.

 

Troisième journée

Même dans le midi méditerranéen il fait frais ce 1er juillet au matin. La courte étape de ce jour doit me permettre de joindre la gare de Béziers à 54 km où j’aviserai. En attendant, la fraîcheur est la bienvenue pour attaquer la première côte de la journée. Dès la sortie de Bédarieux, les lacets d’une D 909 mènent à un tunnel à voie unique, réglé par un feux, le « Tunnel du Col du Buis, 342 m » Soit.

Il faut donc attendre le feu vert pour s’engager sous cette galerie sombre et glaciale dont on sort au soleil, ébloui par l’immensité de la plaine viticole de l’Hérault qui s’étale devant mes roues. En réalité cette plaine n’est pas si plate que cela, car elle est barrée de plusieurs escarpements rocheux parfumés au thym et au romarin où le cycliste dépense ses dernières forces avant de toucher au but, la gare de Béziers d’où le premier TGV m’emportera vers Paris. J’ai juste le temps de démonter mon vélo et à l’aide de bracelets élastiques, de fourrer le bloc « cadre-roues-porte bagage retourné » dans la « housse protège vélo » dont dépassent selle, guidon, dérailleur… mais le wagon de TGV est presque vide et le contrôleur n’aura pas un regard pour ce bagage…

A suivre…